Le
serpent et la grenouille
Un jour, un serpent et une grenouille se
rencontrèrent.
- Où allez-vous ainsi, vénérable frère
? demanda la grenouille.
Le serpent répondit avec colère :
- Je vais tout droit mon chemin.
Le serpent n'ajouta rien, mais la
grenouille, qui était très curieuse et
très bavarde, demanda encore :
- Pourquoi changez-vous de peau de temps
en temps ?
- Pour me faire beau, grogna le serpent.
- Et pourquoi remuez-vous la queue comme
si vous étiez en colère ? reprit
l'imprudente grenouille. Pourquoi votre
langue s'allonge-t-elle comme une flèche ?
Pourquoi jetez-vous la tête en avant,
comme pour effrayer les gens ? Et
pourquoi rampez-vous sur le ventre tout le
long de l'année ?
Le serpent trouva ces questions fort
impertinentes. Il se tourna vers la
grenouille en disant :
- Et vous, pourquoi vos yeux sont-ils à
fleur de tête ?
- Parce que je suis une grenouille de la
plus belle espèce, dit-elle.
- Et pourquoi tenez-vous la bouche si
grande ouverte ?
- Parce que j'ai toujours des messages à
porter, et que je prends part à beaucoup
de conversations.
- Et que faites-vous tout le long du jour
?
- Le soir je chante. A minuit j'appelle :
" Qui va là ? ".
Le matin, je crie : " Qui êtes-vous
? "
- Eh bien ! je vais vous faire voir qui je
suis! dit le serpent et, ouvrant la
bouche, il avala la pauvre grenouille.
Et c’est depuis ce temps-là que les
serpents poursuivent les grenouilles et
les mangent.
***Le
crocodile et le sanglier
Ils se rencontrèrent par hasard, et par
hasard ils se parlèrent en amis.
- Bonjour crocodile, lança le sanglier.
- Bonjour sanglier, répondit le
crocodile.
"Les deux
géantsnote se rencontrent,
se dirent les petits oiseaux, allons-nous
en plus loin. Les deux géants se saluent,
se dirent les caméléons, la paix est
donc conclue, approchons-nous sans
crainte."
- Bonjour crocodile, salua encore une fois
le sanglier.
Le saurien cligna de l'œil puis il dit:
"Mon ami, avec ta tête si basse,
peux-tu vraiment tuer tes voisins? Les
vois-tu bien?"
- Moi? répondit le sanglier, je baisse la
tête car je pense toujours. J'ai l'air de
fermer les yeux car j'épie chaque chose.
Mais toi qui rampes tout le temps, que
penses-tu vraiment faire?
- Qui n'a pas rampé dans sa vie? répondit
le crocodile. Le plus grand capitaine est
celui qui sait ramper le plus. Il faut
toujours craindre celui qui rampe.
Et pendant que les deux amis vantaient
leurs exploits respectifs, le crocodile
s'approcha doucement en rampant, tandis
que le sanglier, tout en ne paraissant
rien voir, épiait d'un œil malin. Le
crocodile sauta tout d'un coup et brisa
les reins du sanglier. Le sanglier fut si
rapide à envoyer ses défenses qu'il fit
sauter les intestins du crocodile.
Les deux géants moururent en même temps.Voilà ce qui arriva, et voilà ce qui
devait arriver, chantèrent les oiseaux.
Fuyons, leurs cadavres feront encore du
mal, clama le caméléon apeuré.
note
les deux géants: les Tsimihety
croient que les crocodiles et les
sangliers sont les êtres les plus
puissants du monde. Cela se comprend car
à Madagascar, nous n'avons ni lion, ni éléphant,
ni panthère. D'autre part, les requins ne
sont connus que que par les habitants qui
sont au bord de la mer. Quant aux tsingala
et aux foko, ils sont trop petits
pour être pris en considération. Il en
est de même du fanivilona et du halavato.
Le varatra est un être d'essence
spéciale, mal définie, se rapprochant
beaucoup de la divinité.
Les
trois soeurs et Itrimobe
Il y
avait une fois un homme et une femme qui
avaient trois filles. La plus jeune, appelée
Ifara, la plus était la plus jolie. Une
nuit, Ifara fit un rêve et le lendemain
elle le raconta à ses sœurs.
- J'ai rêvé, dit-elle, que je voyais le
Fils du Soleil descendant sur la terre
pour chercher une femme et, le
croiriez-vous ? il me choisit pour être
son épouse. Les deux autres sœurs furent
vexées en entendant cela et elles se
dirent : " Elle est certainement bien
plus jolie que nous, et qui sait si un
grand chef ne viendra pas pour l'épouser
? Il nous faut chercher un moyen de nous débarrasser
d'elle. Mais voyons d'abord si tout le
monde la trouvera la plus jolie. "
Elles appelèrent Ifara et lui dirent de
s'habiller pour sortir avec elles. La
première personne qu'elles rencontrèrent
fut une vieille femme.
- Oh! bonne mère, crièrent les
deux sœurs, quelle est la plus jolie de
nous trois ?
La vieille répondit : " Ramatoa
n'est pas mal, Raïvo non plus, mais c'est
Ifara qui est la plus belle. "
Alors Ramatoa enleva à sa jeune sœur sa
robe de dessus.
Elles rencontrèrent un vieillard et lui
dirent :
- Oh ! bonhomme, quelle est la plus jolie
de nous trois ?
Le vieillard fit la même réponse que la
vieille femme, et Raïvo dépouilla Kara
de sa robe de dessous.
Ensuite elles rencontrèrent Itrimobe, un
monstre moitié homme, moitié taureau,
avec une longue queue pointue.
- Voici Itrimobe, dirent les deux sœurs,
et elles lui crièrent : " Itrimobe,
quelle est la plus jolie de nous trois ?
"
Itrimobe poussa un grognement et répondit
: " Ça n'est pas difficile à dire,
c'est Ifara. "
Les deux sœurs étaient pleines de rage,
et elles se dirent : " Nous ne
pouvons pas la tuer nous-même mais nous
lui ferons cueillir les légumes d'Itrimobe
alors, il sera en colère, et il la
mangera ".
Elles appelèrent Ifara et lui dirent :
- Jouons à qui ramassera les plus gros
ignames.
- Où faut-il aller ? dit Ifara.
- Là-bas, dirent ses sœurs en lui
montrant champ d'Itrimobe. Mais cueille
seulement ceux viennent juste de pousser.
Quand
Ifara rapporta ses ignames, elle vit
qu'ils étaient beaucoup plus petits que
ceux de ses sœurs. Elles se moquèrent
d'elle et lui dirent : " Va vite en
chercher d'autres. "
Quand Ifara fut de retour dans le champ
d'ignames, elle vit arriver Itrimobe
galopant sur ses quatre pieds ; il la
saisit en s'écriant : " A présent,
je t'y prends ; c'est toi qui voles
mes ignames; je vais t'avaler. "
- Oh ! non, non, dit la pauvre
Ifara pleurant, laissez-moi plutôt être
votre femme, et je vous servirai bien.
- Viens, alors, dit Itrimobe, et il
l'emmena dans sa hutte, mais son idée était
de l'engraisser pour la manger ensuite.
Les deux sœurs furent ravies voir le
monstre emmener Ifara. Elles coururent à
leur maison, racontèrent à leurs parents
qu'Ifara avait volé les ignames d'Itrimobe,
et que celui l'avait mangée. Le père et
la mère pleurèrent amèrement sur le
sort de leur chère fille.
Pendant ce temps, Itrimobe engraissait
Ifara; il la tenait enfermée dans la
maison, cousue dans une natte, pendant
qu'il allait chercher toutes sortes de
choses pour lui donner à manger, et il
commençait à penser qu'elle était bien
dodue et qu'elle devait être bonne à rôtir.
Un jour qu'Itrimobe était sorti pour
toute la journée, Ifara vit une petite
souris qui lui dit : " Donne-moi un
peu de riz blanc, Ifara, et je te dirai
quelque chose. " Ifara lui donna un
peu de riz blanc, et la petite souris lui
dit :
- Demain, Itrimobe va te manger, mais je
rongerai le fil qui tient la natte et tu
pourras te sauver. Prends avec toi un œuf,
un balai, un bâton et un caillou bien
roulé et poli, et mets-toi à courir du côté
du sud.
Quand la petite souris eut rongé le fil
qui tenait la natte, Ifara prit un œuf,
un balai, un bâton et une pierre polie,
et elle se sauva bien vite, après avoir
mis à sa place un tronc de bananier et
fermé la porte.
Quand Itrimobe rentra, apportant un grand
pot et une sagaie pour tuer Ifara et la
faire bouillir, il trouva la porte fermée.
Il frappa et appela; personne ne répondit.
- Bien, pensa-t-il. Ifara est devenue si
grasse qu'elle ne peut plus bouger !
Il brisa la porte et, courant droit vers
le lit, il enfonça son arme dans le tronc
de bananier, croyant tuer Ifara.
- Comme Ifara est grasse, dit-il,
ma sagaie s'enfonce toute seule !
Il la retira et passa la langue dessus.
- Elle est toute en graisse et tout à
fait insipide. Elle sera peut-être
meilleure rôtie !
Mais,
en ouvrant la natte, il vit le tronc de
bananier, et il fut très en colère. Il
sortit et huma l'air vers nord : rien ; il
huma l'air vers l'est : rien ; vers
l'ouest rien ; il huma l'air enfin vers le
sud : " Ah! cette fois, je la tiens !
"
Il se mit à galoper, et bientôt il
atteignit Ifara.
- Maintenant, je t'aurai ! cria-t-il.
Ifara jeta à terre son balai, criant :
" Par ma mère et par mon père, que
ce balai devienne un fourré qu'Itrimobé
ne puisse pas traverser ! "
Voilà le balai qui s'allonge, qui
grossit, et qui devient un énorme fourré
!
Mais Itrimobe enfonça sa queue pointue
dans fourré et se fit un chemin et il
cria :
- Maintenant, je t'aurai, Ifara !
Ifara jeta l’œuf à terre, en criant :
" Par mon père et par ma mère, que
cet œuf devient un étang qu'Itrimobe ne
puisse pas traverser! "
L’œuf se cassa et devint un étang très
profond.
Mais Itrimobe se mit à boire l'eau et
quand l'étang fut à sec, il passa et
cria :
A présent, je t'aurai Ifara!
Alors Ifara jeta son bâton à terre, en
criant : " Par mon père et par ma mère,
que ce bâton devienne une forêt qu'Itrimobe
ne puisse pas traverser! "
Le bâton devint une forêt dont toutes
les branches s'entrelaçaient. Mais
Itrimoube coupa les branches avec sa queue
jusqu'à ce qu'il ne restât plus un arbre
debout. " Maintenant, je t'aurai,
Ifara! "
Mais Ifara jeta un caillou roulé à terre
en criant : " Par mon père et par ma
mère, que ce caillou devienne une barrière
de rochers. " Le caillou grossit,
grandit, et devint un rocher
perpendiculaire, et il fut impossible à
Itrimoube de le gravir. Alors, il cria :
" Tire-moi en haut, Ifara, je ne te
ferai point de mal. "
- Je ne te tirerai pas en haut,
si tu ne plantes d'abord ta sagaie dans la
terre ", dit Ifara. Itrimoube planta
sa sagaie dans la terre, et la bonne Ifara
commença à le tirer en haut avec une
corde. Mais, quand il fut près du bord,
il cria : " En vérité, en vérité,
je t'aurai à présent, Ifara !"
Ifara fut si effrayée qu'elle lâcha la
corde et Itrimoube tomba juste sur sa
sagaie, où il s'empala. Ifara ne savait
plus où trouver son chemin et s'assit en
pleurant. Bientôt un corbeau vint se
poser près d'elle et elle lui chanta :
"Joli corbeau, joli corbeau,
"Je lisserai tes plumes noires
" Si tu veux m'emporter avec toi
" Vers le puits de mon père. "
Non, dit le corbeau, je ne t'emporterai
pas ; tu n'aurais pas dû raconter
que je mangeais des arachides vertes!
Il vint ensuite un milan, et elle lui
chanta :
" Mon beau milan, mon beau milan
"Je lisserai tes plumes grises
" Si tu veux m'emporter avec toi
" Vers le puits de mon père. "
Non, dit le, milan, je ne t'emporterai
pas. Tu n'aurais pas dû raconter que je
mangeais des rats morts.
La pauvre Ifara regrettait bien d'avoir été
si bavarde, et elle pleurait amèrement,
quand elle aperçut un joli pigeon bleu
qui roucoulait : " reou, reou, reou "
et elle lui chanta :
" Joli pigeon, joli pigeon,
" Je lisserai tes plumes bleues,
" Si tu veux m'emporter avec toi
" Vers le puits de mon père.
"
Reou! reou! reou! Viens, jeune fille,
roucoule le pigeon bleu. J'aime à prendre
pitié de ceux qui souffrent.
Et il l'emporta vers le puits de son père
et la posa sur un arbre, juste au-dessus
de la source.
Elle n'y était pas depuis longtemps quand
leur petite esclave noire vint puiser de
l'eau, et, en se penchant, elle vit comme
dans in miroir le visage d'Ifara dans le
puits, et elle crut voir sa propre figure.
- Vraiment! pensa l'esclave, je suis bien
trop jolie pour porter cette vilaine
cruche !
Et elle jeta la cruche par terre et la
brisa, pendant qu'Ifara criait :
- Mon père et ma mère dépensent-ils
leur argent à acheter des cruches pour
que tu les casses ?
L'esclave regarda partout autour d'elle,
mais ne vit personne et retourna à la
maison.
Le lendemain matin, elle revint avec une
autre cruche et, voyant la figure d'Ifara
dans l'eau, elle cria :
- Non, jamais plus je ne porterai de
cruche; je suis bien trop jolie! et elle
cassa encore sa cruche.
Mais Ifara chanta de nouveau :
- Mon père et ma mère dépensent-ils
leur argent acheter des cruches pour que
tu les casses ?
L'esclave regarda de tous les côtés, et,
ne voyant personne, elle courut à la
maison, et raconta qu'il avait dans le
puits quelqu'un qui parlait avec la voix
d'Ifara.
Le père et la mère se mirent à courir,
et quand Ifara les vit elle descendit de
l'arbre, et ils pleurèrent de joie de se
retrouver. Les parents d'Ifara furent s fâchés
contre leurs deux aînées qu'ils les
chassèrent de la maison et vécurent
heureux avec Ifara.
Le
jeune orphelin haït par ses frères
Il était une fois un homme et une femme
qui avaient sept fils. Ils étaient tous
forts et beaux, sauf le dernier, Faralahy,
qui était chétif et de pauvre mine.
Aussi ses frères se moquaient de lui et,
quand leurs parents furent morts, ils le
rendirent très malheureux, en lui faisant
faire toutes sortes de travaux pénibles,
et en le traitant, comme un esclave.
Un jour, le pauvre garçon se mit à réfléchir
et se dit :
" Mon père est mort, ma mère
est morte; mes frères, qui devraient les
remplacer, sont méchants pour moi, et je
suis pauvre et laid. Que, vais-je devenir
? Il faut que j'aille trouver Zanahary, le
dieu des malgaches."
Donc,
Faralahy commença par aller voir un
vieillard, très, très vieux, nommé
Rafouvatou, et lui dit :
- Je veux aller voir Zanahary, que faut-il
que je fasse ?
Rafouvatou le regarda et, voyant que c'était
un brave garçon, il lui dit :
- Mardi sera un
bon jour pour commencer ton voyage, et tu
réussiras sûrement si tu écoutes bien
mes conseils.
- Je les écouterai, soyez sans crainte,
dit Faralahy, dites-moi ce qu'il faut
faire.
- Eh bien ! quand tu seras de l'autre côté
de cette grande montagne là-bas, tu
verras un beau champ de cannes à sucre;
ce sont les cannes à sucre de Zanahary ;
tu n'y toucheras pas, tu marcheras
toujours au millet de la route. Un peu
plus loin, tu verras des moutons ;
ils seront très gros et très gras. Ce
sont les moutons de Zanahary ; tu les
laisseras tranquilles. Quand tu seras de
l'autre côté de la vallée, tu verras de
magnifique orangers avec des oranges
grosses comme ta tête; ce sont les
oranges de Zanahary; tu n'en prendras pas.
Quand tu auras gravi une autre montagne,
tu verras des bœufs énormes; ce sont les
bœufs de Zanahary ; tu ne leur
jetteras pas de pierres et tu ne les
effraieras pas. Un peu plus loin, tu
verras un beau puits plein d'eau claire et
limpide; c'est la source dorée de
Zanahary; même si tu as très soif, tu
n'en boiras pas. Et quand tu seras arrivé
à la demeure de Zanahary, s'il n'est pas
à la maison, tu salueras sa femme, et si
elle t'offre à boire, tu feras bien
attention de ne pas toucher l'anse de la
cruche. "
Faralahy remercia Rafouvatou, et se mit en
marche.
Bientôt, il vit le champ de cannes à
sucre, mais il resta bien au milieu de la
route, et se contenta de dire : "
Quelles belles cannes à sucre! " Un
peu plus loin, il rencontra les moutons et
s'écria : " Quels magnifiques
moutons! " mais sans se détourner de
son chemin. Il continua d'avancer, et,
voici : il vit les orangers, tout chargés
d'oranges grosses comme sa tête! Il avait
faim, il avait soif, mais il ne se dérangea
pas de son chemin. Puis il passa devant
les bœufs : " Quel superbe troupeau
! " dit Faralahy, mais sans
s'approcher d'eux. Enfin, il arriva près
de la source dorée, il ne put s'empêcher
de s'écrier : " Quelle eau pure et
limpide, comme elle doit être délicieuse!
" mais il n'y trempa même pas le
bout de ses doigts!
A la fin, il arriva à la demeure de
Zanahary. Zanahary n'était pas à la
maison ; il n'y avait que sa femme.
Faralahy la salua bien poliment et lui
demanda à boire et quand on lui présenta
la cruche, il ne la prit pas; il ouvrit
simplement la bouche et la servante lui
versa de l'eau dedans.
Lorsque
Zanahary rentra, il dit : " Que veut
Faralahy, celui qui est haï par ses frères
? "
- Seigneur, dit Faralahy, je veux être
beau et fort, car les gens me méprisent.
- Est-ce que tu as vu mes cannes à sucre,
en venant ici ?
- Oui, mais je n'y ai pas touché.
- Est-ce que tu as vu mes moutons?
- Oui, mais le n'en ai point tué.
- Est-ce que tu as vu mes oranges, aussi ?
- Oui, mais je n'en ai point cueilli.
- Est-ce que tu as vu mes bœufs ?
- Oui, mais je ne leur ai point jeté de
pierres.
- Est-ce que tu as vu ma source dorée ?
- Oui, mais le n'ai pas puisé de l'eau.
- Alors Zanahary se tourna vers sa femme.
- Est-ce qu'il vous a saluée, quand il
est entré?
- Oui, dit la femme, et très poliment.
- Quand on lui a donné à boire, a-t-il
seulement ouvert la bouche sans toucher à
la cruche ?
- Oui, en vérité, répondit la servante.
Alors Zanahary toucha Faralahy, et il
devint immédiatement un grand et beau
jeune homme de robuste apparence. Il
remercia et s'en retourna bien content.
Quand
il arriva à la maison, ses frères ne
pouvaient en croire leurs yeux.
- Est-ce toi, Faralahy, d'où viens-tu ?
- J'étais si malheureux, que je suis allé
voir Zanahary, et voilà ce qu'il a fait
de moi.
Alors les six frères se dirent :
- Nous, qui sommes déjà beaux et forts,
si nous y allons aussi, certainement
Zanahary fera de nous de superbes géants.
Ils allèrent trouver Rafouvatou, qui les
regarda et leur dit :
- Vous pouvez partir mercredi, mais je ne
vous garantis pas le succès. Cependant,
si vous voulez vous abstenir de tout ce
que je vous dirai, cela ira peut-être.
- Nous le ferons. Qu'est-ce que c'est ?
- Quand vous verrez les belles cannes à
sucre de Zanahary, n'y touchez pas.
- C'est bien facile. Quoi encore ?
- Quand vous verrez les gros moutons de
Zanahary, n'en tuez pas.
- Bien. Quoi de plus ?
- Quand vous verrez les énormes oranges
de Zanahary, n'en cueillez pas.
- Nous n'en cueillerons pas. Autre chose ?
- Quand vous arriverez près des bœufs
gras de Zanahary, ne les effrayez pas et
ne leur jetez pas de pierres.
- Bien sûr que non. C'est tout ?
- Quand vous arriverez près de la source
dorée de Zanahary, n'y puisez pas.
- Après ?
- Quand vous
entrerez dans la demeure de Zanahary, s'il
n'est pas là, saluez sa femme, et si on
vous donne à boire, ne touchez pas à
l'anse de la cruche.
- Ça va bien; ne craignez rien, c'est
comme si nous y étions déjà et ce que
nous allons être puissants !
Les six frères se mirent donc en route,
et quand ils virent les délicieuses
cannes à sucre, ils s'écrièrent :
" Oh! comme elles sont mûres et
juteuses! Une chacun, qui est-ce qui s'en
apercevra ? "
Un peu plus loin, ils virent les moutons :
" ils sont si gras, et il y en a
tellement! Si nous n'avons rien à manger,
nous ne pourrons jamais arriver au bout de
notre voyage. "
Donc, ils tuèrent un mouton et le mangèrent.
Ensuite, ils virent les oranges, et comme
ils avaient soif, ils en cueillirent
plusieurs, et quand ils passèrent devant
les bœufs, ils furent étonnés de leur
grosseur ne purent s'empêcher de leur
jeter des pierres. A source dorée, ils
burent à longs traits et, quand ils entrèrent
dans la demeure de Zanahary, ils ne saluèrent
pas sa femme, mais lui demandèrent grossièrement
boire; et quand on leur présenta la
cruche, ils la saisirent par l'anse et la
vidèrent tout entière.
Alors
Zanahary entra.
-
Que venez-vous chercher ici, vous six ?
Les frères firent un profond salut et
dirent : " Nous sommes venus,
seigneur, pour que vous fassiez de nous
des géants ".
- Avez-vous vu mes cannes à sucre en
venant ?
- Oui, mais nous n'en avons pris qu'une
chacun.
- Avez-vous vu mes moutons ?
- Oui, et nous avions si faim que nous en
avons mangé un.
- Avez-vous vu mes oranges ?
- Oui, et nous avions si soif que nous en
avons cueilli quelques-unes.
- N'avez-vous pas jeté de pierres à mes
bœufs ?
- C'est celui-ci qui en a jeté, dirent
cinq des frères en montrant l'aîné.
- Quand ils sont entrés, vous ont-ils
saluée, madame ?
- Non, vraiment, dit la femme.
- Et quand ils ont bu, ont-ils pris la
cruche eux-mêmes ?
- Oui, dit la servante.
Alors Zanahary fronça le sourcil et leur
dit:
- Vous vous êtes conduits comme des
animaux privés de sens, devenez des
animaux.
Aussitôt l'aîné devint un lézard, le
second un serpent, le troisième une
grenouille, le quatrième un crapaud, le
cinquième, un caméléon et le sixième
une chauve-souris, et il sauvèrent dans
la forêt.Faralahy
hérita de leurs biens et devint riche et
puissant.Et les Malgaches terminent
l'histoire par ce proverbe : Que
celui qui est laid ne se décourage point;
celui qui est beau ne soit point
orgueilleux